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Le jeudi 21 novembre 2002

Scandale du sang : des accusations criminelles

Raymond Giroux
Le Soleil
Ottawa

Douze ans après les événements, dans le dossier du sang contaminé, la Gendarmerie royale canadienne a déposé hier, à Toronto, une série d'accusations de négligence criminelle, de nuisance publique et de défaut d'informer le public.

Les policiers fédéraux poursuivent à la fois la Croix-Rouge canadienne, un de ses anciens dirigeants, deux ex-cadres supérieurs du ministère fédéral de la Santé, la société pharmaceutique Armour, du New Jersey, et un de ses anciens vice-présidents.

Totalement reconvertie, réorganisée et sous une nouvelle direction, la Croix-Rouge s'est montrée ébranlée et estomaquée par ces accusations. « Nous pensions que le dossier était clos », a affirmé son pdg, Pierre Duplessis, lors d'une brève conférence de presse dans la capitale.

« Nous avons pris très au sérieux nos responsabilités, a-t-il dit. Depuis 1998, nous avons transféré le programme du sang, restructuré notre société, réglé toutes les poursuites civiles et offert une indemnisation » aux familles des victimes.

Un ancien avocat de la Croix-Rouge avait de son côté déclaré plus tôt dans la journée que ces accusations étaient carrément illégales, compte tenu du retard pour les porter.

La société Armour affirme elle aussi que ces accusations sont injustes et injustifiées, et qu'elle mettra tout en œuvre pour se défendre devant les tribunaux, qui entendront la cause dès le 10 décembre, à Hamilton, et le lendemain à Toronto.

La GRC enquête sur le sang contaminé depuis 1997, soit un an après le dépôt du rapport de la Commission Krever, qui n'avait blâmé personne mais avait conclu que 85 % des 12 000 cas identifiés de contamination au virus du sida et de l'hépatite C étaient évitables.

La ministre de la Santé, de son côté, a refusé de commenter les accusations contre d'anciens fonctionnaires de son ministère. « Il serait fort inapproprié d'anticiper la conclusion des procès qui auront lieu », a dit Anne McLellan aux Communes.

La députée Judy Wasylycia-Leis, du NPD, accusait le gouvernement de s'être montré négligent à l'époque et lui demandait en conséquence de compenser totalement toutes les victimes de ce scandale.

La Société canadienne d'hémophilie, de son côté, s'est montrée satisfaite des conclusions de l'enquête policière et heureuse « d'apprendre que les personnes en cause dans cette tragédie devront assumer la responsabilité de leurs actes ».

La GRC soutient que l'enquête « était à la fois complexe et d'une grande envergure, recoupant de nombreuses sphères de compétences, comprenant des centaines de témoins et comptant plus d'un million de pages de documents ».

Les policiers ont reçu 480 plaintes officielles au cours de leur enquête, qui portait théoriquement sur des événements qui se sont produits entre 1983 et 1987, mais qu'ils ont jugé bon d'étirer jusqu'à 1980 et 1990 pour bien comprendre les motifs et les conséquences des gestes posés durant ces années.

Les accusés sont les suivants :
- Le Dr John Furesz, 75 ans, d'Ottawa, ancien directeur du Bureau des produits biologiques de la direction générale de la Protection de la santé du gouvernement fédéral.

- Le Dr Wark Boucher, 62 ans, d'Ottawa, ancien chef de la division des produits du sang au même bureau que le précédent.

- Le Dr Roger Perreault, 66 ans, d'Ottawa, ancien directeur du Service des transfusions sanguines de la Société canadienne de la Croix-Rouge.

- La firme Armour Pharmaceutical, de Bridgewater, au New Jersey, un fournisseur de la Croix-Rouge.

- Le Dr Michael Rondell, 70 ans, de Pennsylvanie, ancien vice-président aux affaires réglementaires et scientifiques de la société Armour.

La GRC a de plus affirmé qu'elle poursuit son enquête sur d'autres aspects du dossier et pourrait porter éventuellement d'autres accusations.

Environ 1200 Canadiens ont été contaminés par le virus du sida avant que démarrent les analyses pour le déceler avant les transfusions, en 1985, et entre 10 000 et 20 000 ont contracté l'hépatite C, avant l'introduction des tests en 1990, soit quatre ans après les États-Unis.

L'enquête a mobilisé entre 15 et 20 policiers à plein temps et s'est étendue à neuf pays étrangers qui avaient déjà mené des enquêtes sur leur système respectif d'approvisionnement en sang, en plus de toucher toutes les provinces et territoires. La GRC a interviewé plus de 700 personnes partout dans le monde et reçu 320 déclarations de témoins.


http://www.cyberpresse.ca/soleil/actualites/0211/act_202110159851.html

 


 

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